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Nous voulons une ville vivante !

Article soutenu par plusieurs de nos membres et publié dans La Libre Belgique du 24 novembre 2014
Les derniers espaces verts de la Région de Bruxelles-Capitale sont progressivement et méthodiquement bétonnés, comme l’indique la comparaison de cartes vues du ciel. Les parcs, bois, friches, potagers, et les dernières terres arables sont de moins en moins nombreuses à échapper au travail des bulldozers et à l’appétit insatiable des promoteurs immobiliers.
Alors que bientôt 50 % de la population mondiale sera citadine, il est vital de prendre conscience de l’importance de la place de la nature en ville. En effet, les calamités environnementales que ce mode de vie urbain implique menacent en retour l’habitabilité même des villes. Le réchauffement climatique s’est emballé et s’accélère. Dans son dernier rapport, le GIEC prévient que les évènements météorologiques extrêmes sont appelés à se multiplier, et il n’y a que des actions radicales et urgentes des pouvoirs publics qui pourraient en atténuer la fréquence. Se souvient-on de la vague de chaleur de 2003 qui avait tué 70.000 personnes en Europe ? Les personnes les plus vulnérables souffrent des vagues de chaleur, qui peuvent être atténuée dans les villes par le rôle tampon des espaces verts. De même, les inondations se multiplieront, car le bétonnage de la ville imperméabilise sa surface. Maintenir de larges espaces verts en ville est donc indispensable pour faire face au changement climatique.
La vulnérabilité des citadins va en outre s’accroître avec l’augmentation structurelle des prix de l’énergie. Les villes perdront peu à peu leur capacité à importer de l’extérieur des aliments toujours plus chers. Elles sont en effet dépendantes de leur périphérie immédiate et lointaine pour leur alimentation. Les spécialistes des systèmes alimentaires tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs décennies  : dans les pays industrialisés, il faut aujourd’hui plus de 10 calories issues des énergies fossiles pour produire une calorie alimentaire ! Deux exemples : Cuba, qui a perdu son apport en pétrole après l’effondrement du bloc de l’Est, et Detroit, aux États-Unis, après la fermeture de ses usines automobiles suite à la crise de 2008. Dans ces deux cas, lorsque l’économie s’est effondrée une partie de la population, à commencer par les personnes les plus précaires, s’est spontanément tournée vers l’agriculture urbaine pour pouvoir vivre, ou plutôt survivre. Que ferons-nous si tout est bétonné ? Maintenir de larges espaces verts, sécuriser des ceintures alimentaires autour des villes, et a fortiori plus encore des grandes villes, constitue donc une nécessité impérieuse pour leur viabilité à moyen terme.
La nature offre des « services  » que l’être humain et sa technique ne sont pas capables de remplacer. Réguler la température, l’humidité de l’air, absorber l’eau, la filtrer, purifier l’air, polliniser les végétaux, produire à moindre coût des aliments de qualité, autant de réponses à des besoins fondamentaux pour la vie qui sont détruits par le bétonnage des surfaces de terre vivante. Confier ces services aux seules campagnes, c’est dépendre toujours plus d’un système insoutenable qui repose sur les énergies fossiles et qui produit trop d’émissions de gaz à effet de serre. Sécuriser des espaces verts en ville est pour l’instant indispensable au bien-être des citadins, comme cela a bien été compris à Stockholm, ou Francfort par exemple. Demain, ce sera indispensable pour qu’ils puissent simplement y vivre. Or, Bruxelles est engagée sur la voie inverse. Nous tirons donc la sonnette d’alarme.
Actifs dans des collectifs qui défendent des espaces verts et des espaces naturels, nous nous trouvons fréquemment confrontés à des promoteurs uniquement motivés par les profits à court terme, et qui ont souvent, et curieusement, le soutien actif du gouvernement bruxellois, ainsi que de certains collèges communaux, pour détruire le bien commun vert : à La Plaine (ULB), 8,5 hectares de riche biodiversité sont menacés par un projet de logement, de luxe pour la plus grande part ; à Haren, les 18 hectares du terrain du Keelbeek sont menacés par un projet de méga-prison ; à Ernotte, des potagers citoyens sont menacés au profit de logements qui pour la plupart seront trop chers pour beaucoup de Bruxellois ; aux Tanneurs, un carré vert investi spontanément par les riverains va être bétonné, alors qu’une solution alternative existait ; à Jette, le Bois du Laerbeek et les éco-jardins qui les jouxtent sont menacés par l’élargissement du ring ; porte de Ninove, dans l’un des quartiers les moins verts de la capitale, projets de construction et remaniement du tracé des transports publics menacent la réalisation du grand parc dont les habitants ont tant besoin ; à Uccle au plateau Engeland, 6,5 ha d’espaces semi-naturels non encore urbanisés et aptes à la culture, seront sacrifiés pour 298 logements, sans transports publics adaptés et en dépit des voiries étroites existantes non adaptées à l’augmentation du charroi.
Partout, la même logique est à l’œuvre : sous couvert de pression démographique, de pénurie de logements et d’emplois ou de manque de sécurité, les promoteurs imposent des projets qui sacrifient la qualité de vie à court terme et la viabilité des villes à long terme, au profit de la quantité de gains immédiats. Il y a à Bruxelles 2 millions de mètres carrés de bureaux vides, 15000 logements vides et l’équivalent potentiel de 5000 logements dans les étages commerciaux inoccupés. L’espace ne manque pas, c’est plutôt l’imagination et la volonté politique qui font défaut. Les « crises » du logement, de l’emploi ou de la sécurité ne peuvent plus être une excuse pour la destruction des espaces vivants, car ce faisant, elle mettent place les conditions de leur propre aggravation. Asphalter Bruxelles, c’est l’asphyxier. C’est lui ôter ses capacités de résilience, indispensables pour aborder notre avenir post-pétrole doublé d’un climat agressif.
C’est pourquoi nous demandons un moratoire sur tous les projets qui impliquent la destruction des sols bruxellois. Cela passe par une politique d’aménagement du territoire cohérente, qui redonne sa place à la nature en ville. Pendant le temps de son élaboration, il est absolument vital de sécuriser les espaces verts restants. Pour dessiner cette politique du territoire avec ses habitants, nous voulons que tou-te-s les bruxellois-e-s puissent s’exprimer sur un choix clair et sans ambiguïté, après un débat approfondi et informé, auquel devraient être activement associées toutes les parties prenantes. Nous exigeons donc l’organisation d’une consultation populaire régionale (rendue possible par la 6ème réforme d’État) sur la place de la nature en ville, c’est-à-dire, finalement, de la place de la ville dans la nature.
Au nom d’un collectif de signataires : Tom Grimonprez – Keelbeek libre ! Keelbeek vrij !  (Haren)

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